Des résidents grévistes du CHU de Bab El Oued exclus par leur chef de service [TSA]

Plus d’une trentaine de résidents en orthopédie du centre hospitalo-universitaire de Bab El Oued ont été exclus par leur chef de service, selon une note adressée par celui-ci au Directeur général de l’établissement et que TSA a pu consulter.

Les résidents grévistes exclus ont eu leurs noms affichés au sein du service et à la faculté de médecine d’Alger.

« Ces résidents grévistes ne fond (sic) plus partie du service et sont priés de dégager leurs effets personnels de la chambre des résidents et vider les placards et ce dans un délai de 7 jours », peut-on lire sur la note signée par le chef du service orthopédie de Bab El Oued, le Pr Benbakouche.

Contacté par TSA, le porte-parole du Camra, le Dr Hamza Boutaleb, également résident au CHU Bab El Oued a qualifié cette exclusion « de nouvelle tentative d’intimidation des résidents grévistes ».

« Désormais, même si nous obtenons satisfaction pour toutes nos revendications, nous ne reprendrons pas le travail tant que nos collègues ne seront pas réintégrés », a déclaré le porte-parole du Camra, ajoutant : « Cette exclusion ne nous intimide pas, au contraire, elle ne fait que resserrer les rangs des résidents qui seront encore plus résolus à ne pas reprendre le travail ni les gardes ».

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Les réactions ne se sont pas faites attendre ; pas seulement au sein des rangs des résidents, mais également des confrères professeurs du Pr. Benbakouche, auteur de cet acte.

Lettre au Dr Rachid Benbakouche,
Cher confrère et Ami,
J’ai été sidéré en lisant ta lettre adressée à la direction de l’hôpital et signifiant l’exclusion de 38 de nos jeunes confrères, médecins résidents du service que tu gères. Ces derniers, victimes de la hogra et du mépris du système et qui luttent courageusement depuis plus de 07 mois pour arracher leurs droits légitimes, avaient en principe besoin de réconfort et d’encouragements de la part de leurs aînés. Hélas, sur le terrain, en dehors de quelques rares voix qui se sont élevées contre cette injustice, c’était le silence sidéral. On était plus préoccupé par la retraite à 70 ans et le temps complémentaire que par l’avenir de nos jeunes confrères en formation.
J’ai été sidéré par ta réaction que sincèrement je n’attendais pas, d’autant plus, faut-il te le rappeler, que tu as été, toi aussi victime d’une hogra caractérisée en 1983 lorsque tu étais en fin de cycle de résidanat à l’hôpital de Douera de la part d’un « aîné » connu pour son crasseux opportunisme et ses intrigues. Et tu es venu terminer ton année de résidanat chez nous à Bichat.
C’est bien dommage, cher Rachid, de terminer ainsi à quelques mois de ta retraite et au crépuscule de ta vie (de notre vie), ta carrière à réprimer de jeunes confrères qui ne demandaient non pas une augmentation de salaire ou de menus privilèges, mais seulement l’amélioration des conditions de travail, pour pouvoir soigner dignement leurs compatriotes dans les régions isolées, ces régions oubliées par la voyoucratie et ses appendices administratifs. De jeunes confrères qui ont brillé par leur lucidité, leur maturité politique et leur courage en touchant du doigt les plaies du système de santé, attitude que n’ont pas eu hélas, beaucoup de leurs aînés, plus préoccupés par leurs mesquins intérêts personnels que par l’intérêt général.
Allah Yahdina ou yahdik.
Je réitère, à l’occasion, mon indéfectible soutien à mes jeunes confrères en leur rappelant humblement que « nul droit ne se perd tant qu’existe un revendicateur ».
Fraternellement.

— Pr. Sidhoum


J’avais pris cette décision de ne plus m’exprimer concernant le mouvement historique de nos jeunes collègues résidents pensant que j’avais épuisé mon vocabulaire mais devant les menaces de certains chefs de service et des listes établies excluant des dizaines de résidents les jetant par-dessus le mur et utilisant des termes qui n’honorent pas cette profession, il me semble du devoir de chaque médecin de dénoncer tout cela et de se démarquer de ces prises de positions sectaires qui sentent le compromis pour acquérir certains privilèges de fin de carrière. Y’a-t-il une autre explication que celle-ci lorsque l’on se permet de dresser une liste et « dégager » ainsi des futures spécialistes qui sont la relève de la spécialité.

Je le dis très clairement :
INADMISSIBLE ! C’EST UNE HONTE et J’espère que mes amis chefs de service ne feront pas de meme !!!!!! Vous ne serez pas éternels, l’histoire est un juge impartial. Plutôt jeter le tablier que de signer une telle décision.

Dieu tout puissant, avons nous touché le fond ! Ou est l’honneur de cette profession, ou est le respect du confrère ? Devrions être Le Bras armé par lequel le rouleau compresseur administratif broie toute espérance pour le renouveau de la médecine en Algérie ! Quelle image donnons nous à cette société !

Résidents, votre lutte pacifique est légitime, quelque soit l’issue de ce mouvement, vous avez montré une certaine maturité que beaucoup ne possèdent pas, vous avez mis à nu une gestion obsolète des structures hospitalo-universitaires vous utilisant comme main d’œuvre, les masques de ceux qui pensent être les maîtres sont tombés ! Ce mouvement restera dans les annales de la médecine algérienne. Vous avez jalonné le chemin de la dignité du médecin et appelé à ce que cette profession retrouve sa place honorable dans notre société. Rien que pour cela vous devriez être fiers de votre solidarité et de cette fierté qu’ont perdu beaucoup parmi nous.

Aidkoum Moubarak

— Pr. A. Benguerrah

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Une pensée sur “Des résidents grévistes du CHU de Bab El Oued exclus par leur chef de service [TSA]

  • 18 juin 2018 à 12:15
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    OUI Pr BENGUERRAH nous avons touchés le fond et nous continuerons à gratter jusqu’à trouver un fond encore plus profond et avec la bassesse et la médiocrité érigée en symbole et avec la course à la fiche de paie et du fauteuil c’est pas près de s’arreter

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