Le Soir d’Algérie – CAMRA : Ni syndicat, ni association…

Article de Nawal Imès, Le Soir d’Algérie du 30 avril 2018

Ni association professionnelle, ni syndicat, le Collectif autonome des médecins résidents algériens s’illustre par sa capacité non seulement à mobiliser mais également à ne pas s’essouffler, au terme de plus de cinq mois de protestation. Un cas d’école. Une «idée qui rassemble», affirment ses initiateurs.

Né en 2017, le Camra calque son nom du même collectif créé en 2011 par une autre promotion de résidents. Ni syndicat, ni association, il est le fruit d’un sentiment d’injustice mais surtout «une idée qui rassemble les résidents».
Le Collectif n’a aucun agrément. Sa force, il la puise du nombre de ses adhérents, de la capacité de ces derniers à s’organiser rapidement et à répondre massivement à un mot d’ordre. Ses initiateurs s’adressant aux résidents leur rappellent que «le Collectif c’est vous, c’est nous, c’est l’ensemble des résidents. Sans cela, notre voix s’éteindra et nous retomberons dans l’individualisme et la léthargie».
Contrairement aux syndicats classiques, pas de luttes de leadership au sein du Camra. On ne lui connaît d’ailleurs ni coordinateur, ni président. Le Camra fonctionne telle une communauté. «Le Collectif n’est pas un groupe de délégués. Le Collectif est une communauté de résidents. Notre force réside en notre capacité de mobilisation et en la qualité de nos représentants», affirment ses initiateurs. Un bureau national se charge de mener les négociations avec la tutelle. Ses membres se partagent les tâches. L’organisation se base sur la présence de délégués au niveau des services et des hôpitaux. Une force de frappe qui permet de faire circuler l’information rapidement et de manière efficace. Il s’agit d’une organisation où la hiérarchie n’a pas sa place et où la transparence est le maître mot. Dans un souci d’alternance, le Camra appelle régulièrement ses adhérents à se présenter pour devenir délégués afin d’apporter à chaque fois des idées nouvelles pour maintenir intact le mouvement de protestation. Ses méthodes de communication ne sont pas conventionnelles non plus. Alors que les syndicats agréés sont quasiment devenus des modèles de bureaucratie, le Camra innove. Il a investi les réseaux sociaux. Sa page officielle est suivie par des milliers de personnes.
Le Collectif a son propre groupe sur Facebook. Pour y adhérer, il faut montrer patte blanche et prouver que le demandeur est bien résident. Avant toute adhésion, une série de questions est posée au demandeur. Seuls les résidents sont les bienvenus. Il s’y échange des informations mais également des propositions lorsqu’il s’agit de prendre une initiative. C’est grâce à ce groupe qu’en février dernier, le Camra avait réussi à organiser une marche à Alger, déjouant le dispositif policier. Alors que sur sa page officielle, il était question d’un rassemblement au niveau du CHU Mustapha, les résidents étaient informés par d’autres canaux qu’ils devaient se rassembler au niveau de la Grande-Poste. Il y a quelques jours, le même scénario s’est répété avec un rassemblement au niveau de la place Emir-Abdelkader.
Les résidents ont fait le choix de ne se mettre sous la houlette d’aucun syndicat déjà reconnu. Un pari gagnant puisqu’en quelques mois, ils s’imposent comme l’incontournable partenaire social.

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