À Monsieur le Ministre

Monsieur le Ministre,

Cela va faire bientôt six mois que les résidents algériens en sciences médicales ont entamé une grève nationale, devenue illimitée et qui est en train de mener tout le système de santé vers un désastre ou personne ne sera gagnant.
Pourtant, nous pensons qu’une vision objective de la situation pourrait permettre à tous d’éviter une confrontation ou tout le monde est perdant.

Parmi toutes les revendications des médecins résidents, et elles sont nombreuses, certaines injustices semblent trop flagrantes et nécessitent une réponse qui ne peut être que positive de la part de l’État, parce qu’elles cristallisent un profond sentiment d’injustice :
Un service civil de quatre années dans les CHU des grandes villes, sans l’argument des zones déshéritées, imposé aux seuls médecins spécialistes sur 40 millions de citoyens.
Un service militaire d’une année pour les citoyens de plus de 30 ans, imposé aux seuls médecins spécialistes.

Exiger des seuls jeunes diplômés en DEMS de donner quatre années de leur vie en service civil, en plus d’une très longue période consacrée à leurs cursus (plus de 12 ans pour certains) et ne concerner ni les médecins généralistes, ni les ingénieurs, ni les licenciés, ni les énarques alors même que les zones isolées auraient besoin de toutes ces compétences ne repose sur aucune cohérence ni rationalité.

Les CHU ne sont pas des zones déshéritées ; beaucoup de médecins postuleront naturellement à des postes de travail dans ces structures sans aucune contrainte.
Si l’objectif du service civil est d’éviter les déserts médicaux, ce qui semble être le principal objectif du service civil des médecins spécialistes, il ne doit alors concerner que les seules zones déshéritées et pas les grandes villes.
Une seule année de service civil et des mesures incitatives pour encourager les médecins à rester plus longtemps devraient suffire. Mais le service civil doit concerner toutes les filières et tous les diplômés des universités pour avoir un effet positif.

Dans un pays ou la majorité des responsables sont évacués vers la France pour le moindre bobo, restaurer la confiance des citoyens dans notre système de santé est une nécessité absolue et passe nécessairement par une refonte totale du système de santé pour le rendre efficace. La prise en charge des malades doit être équivalente à celle qui existe dans les CHU des grands centres urbains : toutes les prestations, des outils de diagnostic (Radiographies, analyses, IRM…) aux traitements (Chirurgie, radiothérapie, chimiothérapies, …) et des équipes pluridisciplinaires doivent être localement disponibles.

En ce qui concerne la rémunération, motivation essentielle pour tous les citoyens qui aspirent à vivre de leur travail, soit les salaires sont incitatifs, soit ce sont les conditions professionnelles qui le sont : de la possibilité de travailler partiellement dans le secteur privé à des avantages spécifiques de formation, participation aux congrès internationaux ou autres.

En second lieu, La revendication pour une formation de qualité semble escamotée alors qu’elle aurait du entrainer une plus grande implication du Ministère de l’Enseignement supérieur, qui n’est même pas présent dans les négociations : Les étudiants en médecine perdent une fortune en copies de copies de livres pour pallier une formation pédagogique insuffisante, et parfois inexistante pour les nouvelles techniques et leur présence aux actes menés par les professeurs est souvent très limitée et insuffisante.
Les futures spécialistes ne trouvent pas de formations localement et n’obtiennent pas les autorisations nécessaires pour compléter leurs formations à l’étranger.

En dernier lieu, Il faut arrêter de désigner les résidents à la vindicte populaires sous le prétexte fallacieux que l’enseignement est gratuit et que le service civil est une dette à rembourser : leur réussite est due à leur seul mérite : Ce sont les plus méritants qui s’orientent vers la médecine, avec un système de sélection à plusieurs niveaux, un cursus long et pénible et leur réussite doit inspirer le respect, surtout de la part des représentants du peuple : La gratuité des études est offerte à tous les citoyens quelque soit leur filière : ce n’est pas une dette à rembourser par les médecins seuls.
Il est encore temps d’arrêter une dérive préjudiciable au pays. Il faut juste revenir à la raison.

— Z. Saboundji

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